top of page

La fille qui dansait

  • Photo du rédacteur: Laura Domartin
    Laura Domartin
  • 23 avr. 2021
  • 4 min de lecture


Colors résonne dans ma chambre. La fenêtre ouverte laisse passer le soleil et entrer l’air du printemps. Les jeunes feuilles du marronnier se détachent sur le ciel bleu azur. On entend un oiseau se joindre à la musique des Black Pumas. Là sur mon lit, je me demande comment j’en suis arrivée là ? Endormie, ratatinée. On a beau vivre les choses, c’est fou comme on en a difficilement conscience. Comme il est nécessaire de s’arrêter et se retourner pour voir, pour prendre conscience. Bon Iver prend le relais et m’abandonne à mes réflexions. La relecture de vieux messages me met face aux choses, à la réalité. Je n’en peux plus de faire semblant, j’étouffe. Je me demande comment je me suis laissée glisser de cette manière. Quand est-ce que cela à commencé ? N’a t-on jamais conscience du moment où l’on lâche prise, où l’on abandonne, où l’on se laisse couler, glisser dans ces méandres cotonneux mais abyssaux ? Je me demande où est passée la fille pétillante, branchée sur la vie, combative. Celle qui ne marche pas mais qui danse. Celle qui mord la vie à pleines dents, et qui ne compte pas en perdre une miette. Celle qui s’est battue pour se construire une vie à la hauteur de ses rêves. Celle qui a su affronter ses peurs et ses démons pour débusquer le bonheur. Celle qui, en bon bélier, fonce tête baissée. Celle qui a mille idées à la seconde et qui a peur de ne pas avoir le temps de vivre tous ses rêves. Où est-elle passée ? A quel moment lui ai-je lâché la main ? Est-elle endormie profondément elle aussi ? Que se passe t-il dans nos vies, dans nos têtes et nos cellules pour qu’à un moment on décide de se laisser aller comme ça ? Serait-ce l’épuisement qui brouille notre vue au point de ne pas se voir disparaître ? Comment en me sentant si vivante, si heureuse, si pleine de vie j’en suis arrivée à lâcher complètement la barre de ma vie, à me laisser divaguer au point de me perdre et de ne même plus m’en rendre compte. J’ai l’impression de me réveiller d’un coma. Et lorsque je m’agite comme un poisson dans son bocal, n’est-ce pas pour oublier, pour ne pas voir la réalité en face ? Je me cache derrière des excuses, je me trouve des prétextes, et en ce moment j’ai de quoi faire, la vie nous les sert sur un plateau. J’ai l’impression d’avoir endormi mon cerveau, de l’avoir débranché, et laissé quelque part en prenant soin d’oublier où. Je m’applique à dépenser mon énergie dans des choses qui ne suffisent pas à redonner du sens à ma vie, et je me lève chaque matin, sans trop savoir pourquoi, déjà épuisée par l’oisiveté de mes journées. Mais qu’est-ce qui me bloque à ce point ? Comment peut-on se retrouver au point de départ si peu de temps après avoir dépassé ses peurs et ses blocages ? J’ai déjà expérimenté le grand saut, j’ai osé affronter mes peurs, mes doutes, mes angoisses. J’ai eu le courage de les prendre à bras le corps. J’ai appris que la peur se cache bien plus dans l’idée que l’on se fait d’une chose que dans la réalisation de la chose elle-même. J’ai traversé tout ça. J’ai vu. J’ai su. J’ai ressenti cette liberté immense qui envahit le corps, le coeur quand on franchi le pas, quand on saute sans filet. J’ai tutoyé la légèreté, je me suis fait confiance et j’en ai goûté les fruits. Je me suis rencontrée moi-même. Suis-je montée si haut qu’alors il n’y avait pas d’autres choix que de redescendre ? Peut-être que j’ai mal appris, que j’ai voulu aller trop haut, trop vite, trop fort. Que je n’ai pas su trouver l’équilibre, je me suis brûlé les ailes en m’approchant trop près du soleil et la chute a été violente. Suis-je retombée à la case départ ? Ai-je donc tout perdu ? N’ai-je rien retenu ? Les choses sont-elles redevenues aussi difficiles que la première fois ? Et peut-être ai-je attendu trop longtemps avant de me relever. Les illusions ont eu tout le temps de s’installer, de creuser leur sillon, de ramper le long des parois de mon cerveau. Et maintenant ? Je me demande où se niche l’étincelle qui nous donne la force de repartir, le déclic qui fait réagir, l’élan qui nous fait nous relever. Où et surtout pourquoi tout à coup cette étincelle surgit-elle ? Je cherche sans trop de conviction l’électrochoc qui me remettra sur les rails de ma vie. J’observe, amorphe, les autres avancer, construire, et je me ronge chaque jour un peu plus de laisser ma vie se consumer sans choisir comment la vivre. Je me demande jusqu’où faudra t-il aller pour que je réagisse. Y a t-il un point de non retour ? Peut-on décemment être aussi contradictoire ? Pétrifié par la peur de laisser le temps filer et nous voler des jours, des semaines, des mois sans être capable de bouger le moindre petit doigt ? Qui essayé-je de tromper en m’activant comme je peux ? Essayé-je d’étourdir mon cerveau en fatigant mon corps ? Essayé-je de faire taire la petite voix qui hurle au fond de moi ? Essayé-je donner un tant soi peu de consistance à mes journées pour croire que tout va bien, que ce n’est qu’une période « comme ça ». Je crois que le temps est venu d’affronter la réalité, d’écouter enfin la petite voix, de faire face et de réagir. Il va falloir affronter, et se remettre en marche car je ne le sais que trop bien : la vie n’attend pas. Je le sais, mais je me sens pétrifiée face au vide, face à l’embarras de possibilité, face à l’abîme d’issues possibles. Mais au fond peut-être ai-je juste peur de vivre ? Et pourtant je me souviens de ce sentiment de plénitude, cette émotion si puissante qui s’empare de nous quand alors on se sent vivant, quand on sent notre coeur taper dans notre poitrine et battre la mesure de notre vie, et quand au plus profond de nos tripes on comprend, on ressent pourquoi on est là, sur cette bonne vieille Terre.







 
 
 

Commentaires


bottom of page